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Quelles sont les qualités d'un civil pour devenir un bon policier d'investigation ?

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Etant attirée par l'investigation, et ayant eu vent qu'actuellement c'est une "spécialisation" en crise en Police (qui recrute donc ?), je souhaitais savoir quelles personnalités sont adaptées à ce travail. Et pouvez vous nous parler du déroulement d'une journée "type" (bureau et hors bureau) ?

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caroline p. a posé une question à L'investigation

Catégorie: Éligibilité

Date: lundi, décembre 29, 2025

Dernière révision: lundi, janvier 5, 2026

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Pierre B.

Brigadier Chef - Enquêteur Anti Cybercriminalité

Bonjour à toi !


Devenir policier d’investigation ne repose ni sur une fascination pour les séries télévisées ni sur une attirance abstraite pour « l’enquête ». C’est avant tout une question de personnalité, de tempérament et de capacité à s’inscrire dans un travail long, exigeant et souvent ingrat. Les qualités attendues chez un civil qui souhaite s’orienter vers l’investigation sont d’abord la curiosité intellectuelle, mais une curiosité structurée et méthodique. Un enquêteur cherche à comprendre les mécanismes d’un fait, à en démêler les causes et les conséquences, parfois sur plusieurs mois, sans jamais se contenter d’une intuition ou d’une impression, mais par des preuves recevables devant la justice.

Ce travail demande une patience importante. Une grande partie du temps est consacrée à la procédure, à la lecture, à l’analyse et à la rédaction. À cela s’ajoute un sens moral solide et stable. L’enquêteur agit dans un cadre légal strict, sous le contrôle permanent de l’autorité judiciaire. Il doit être capable de douter sans soupçonner systématiquement, de rester humain sans devenir complaisant et d’appliquer la loi même lorsqu’elle impose des contraintes difficiles à accepter.

Contrairement aux idées reçues, l’investigation repose largement sur la relation humaine. Auditions de victimes, entretiens avec des témoins, interrogatoires de mis en cause, échanges avec les magistrats et travail d’équipe exigent une grande capacité d’écoute et d’adaptation. Savoir parler est utile, mais savoir écouter l’est bien davantage. Cette dimension humaine implique également une certaine résistance émotionnelle. Les faits traités peuvent être lourds, violents ou moralement éprouvants. Ce n’est pas l’insensibilité qui permet de tenir dans la durée, mais la capacité à prendre de la distance, à compartimenter et à préserver un équilibre personnel. Et pour cela le groupe est très important.


Une journée type d’un enquêteur est rarement conforme aux clichés. La majeure partie du travail se déroule au bureau, entre la rédaction de procédures, l’exploitation d’auditions, l’analyse de données et les échanges avec le parquet. Bien sûr, certaines unités comme les stupéfiants feront beaucoup plus de terrain que les unités cyber par exemple. Les phases de terrain sont une bonne partie du travail également : perquisitions, interpellations, surveillances ou auditions. Il n'existe pas forcément de journée type pour le métier d'enquêteur.

J'espère que tout cela t'aidera !

Bonne continuation à toi !

mardi, décembre 30, 2025

caroline p.

Bonjour, tout d'abord merci pour votre réponse,

J'ai déjà une mince expérience dans le milieu des FDO (la maison d'en face) donc je sais comment se déroule une enquête, en fonction aussi de la gravité de l'infraction ou des infractions retenues. J'ai dépassé le stade de la fascination des séries télé, et aujourd'hui si je vise un service d'investigation en postulant en Police c'est que j'ai une idée bien précise de ce que je veux faire bien loin de l'idée fictionnelle que l'on se fait d'une enquête. Bien que l'actualité récente ou plus ancienne nous a montré que la fiction peut largement être dépassée par le réel dans des cas heureusement rares (qui aurait pu soupçonner Michel Fourniret par exemple d'être le tueur sadique que l'on connaît tous aujourd'hui, ou bien la fâcheuse affaire du Grêlé qui a fait partie et de la Police et de la Gendarmerie... cela reste exceptionnel mais bien vrai). Alors oui la majorité des enquêtes ne sont pas aussi spéciales et je sais que dans "l'investigation de proximité" on va dire je vais devoir traiter le conflit de voisinage qui dégénère, le vol à l'arraché du sac de mamie (qui y avait mis tous ses bijoux en or massif) ou encore la disparition de kiki le chihuahua de la commerçante du village. Mais aussi peut être des VAMA plus ou moins intéressants, des trafics de produits ou de personnes, des accidents de voie publique, des "delta Charlie delta" pas jolis. Ou des affaires qui concernent des jeunes ou très jeunes dans des situations familiales complexes ou les VIFS de manière générale.


Je suis consciente également de la lourdeur et de l'exigence que demande la rédaction des procédures et souhaite m'y former au mieux, surtout si on nous propose dès l'école des cours pour préparer l'OPJ le plus rapidement possible (j'imagine qu'il doit être indispensable pour exercer dans certains services d'enquêtes où être APJ est trop limitant).


Je cherche des témoignages de personnes spécialisées dans l'investigation (groupe d'investigation en commissariat, investigation spécialisée dans le financier, témoignage de personnes qui travaillent en cybercriminalité (comme vous), OFMIN, OCRVP (si je peux avoir un retour d'expérience d'une personne qui travaille sur le sujet des dérives sectaires ça serait incroyable car c'est le sujet qui m'a fait me décider à passer le concours même si je sais que le nombre de postes y est très limité).


Bref, voilà, merci :)

mardi, décembre 30, 2025

Photo de Pierre B.

Pierre B.

Brigadier Chef - Enquêteur Anti Cybercriminalité

Bonne année à toi !

L’investigation de proximité reste la base du métier et concerne une grande partie des policiers affectés en services territoriaux. La police judiciaire traite certes des affaires plus sensibles et plus complexes, mais la quasi-totalité des enquêteurs de la PJ ont appris la procédure pénale en commençant par des unités de proximité. C’est là que se construisent les fondamentaux : rigueur procédurale, qualification des faits et gestion du quotidien judiciaire.

Concernant la cybercriminalité, une interview présentant le service vient de paraître sur le site de la Police nationale. Elle répond, je pense, en grande partie à tes interrogations :
https://www.police-nationale.interieur.gouv.fr/actualite/a-decouverte-du-metier-denqueteur-a-loffice-anti-cybercriminalite

S’agissant de l’OFMIN et de l’OCRVP, je ne suis pas en mesure d’apporter un retour d’expérience direct. Il s’agit néanmoins d’unités spécialisées de la police judiciaire, intervenant sur des thématiques très ciblées. Si la matière traitée diffère, le cœur du métier reste le même : mener des investigations, regrouper et exploiter des éléments, identifier des individus, procéder aux interpellations et les présenter à l’autorité judiciaire.

Chaque groupe de travail possède ses méthodes propres — parfois très techniques, parfois davantage orientées vers le renseignement humain — mais la finalité demeure identique pour tous les enquêteurs de la PJ.

vendredi, janvier 2, 2026

caroline p.

Bonne année également 🥳

Super merci beaucoup !

Je vais de ce pas consulter l'interview


Merci pour vos messages :)

lundi, janvier 5, 2026

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